MARIEKE ROZÉ
J’emprunte le terme «achéologie-fiction» aux artistes Anne et Patrick Poirier. Je recherche le simulacre du jeu vestige archéologique. J’aime ce moment où le jeu est arrêté, suspendu, désactivé, somnolent. Ce rapport au jeu figé entre en contradiction avec l’idée du jeu comme activité féconde et vivante, impulsive et spontanée. «On ne joue plus». La fiction d’un temps perdu, desséché, l’inerte, le vestige, le reste. La fouille, la mémoire, ce qui se dégrade et ce qui reste d’un objet de jeu. Il y a une antinomie entre l’activité du jeu (la nature du jeu est dans l’action) et le jeu-objet vestige qui a perdu ses règles, sa signification, sa fonction. Les vestiges de jeu dont il ne resterait plus que des fragments, dépourvus de signes pour les identifier; qui se taisent, figés, énigmatiques. Le jeu dans sa forme pure, mystérieuse, dont on aurait oublié la signifiance. Le jeu auquel on ne peut pas ou plus jouer.

Série des Disques, détail de la sculpture.



Sans titre, maquette, 2014, argile blanche, 35 x 35 cm
Game-board, Egypte Antique, roche sédimentaire, 7 cm, The British Museum
Diagramme pour les jeux de rimau-rimau et mughal-pathan. Ellora, Inde, 1986.
Photographie de Jean-Paul Neveu. Source : Histoire des Jeux de société, Jean-Marie L’Hôte, 1994
Ce qui me porte vers le jeu c’est le droit à la pause, la rêverie, le ralentissement du temps. « Puis, au prisme du surréalisme [et de la place décisive de la question du jeu dans le mouvement surréaliste], le glissement de la «rêverie ludique» vers une archéologie du jeu. » Extrait d'un entretien avec Jean-Baptiste Mognetti à propos des axes de recherche de mon travail.
